Nécrotribulations Martiennes, Marie Jardez

 

I

Le 21 mars 2057, la mairie de Paris avait inauguré le premier arrondissement entièrement végétalisé de la capitale. Il avait fallu moins de dix ans pour mener à bien ce projet de grande envergure qui touchait essentiellement le cœur emblématique de la ville, autrement dit, les deux îles, Saint-Louis et la Cité. Puis, à des fins éco-touristiques, on l’avait étendu en bordure des deux rives. Plusieurs essais, couronnés de succès, au cours de la précédente décennie, avaient transformé les principaux monuments qui faisaient la fierté de Paris, en d’impressionnants îlots de verdure que le monde entier venait saluer.

Pendant quelque temps ce fut l’euphorie. L’idée gagnait du terrain. Et, à la grande joie des touristes et des Parisiens, de nombreux secteurs de la ville prirent l’aspect de petits paradis verts, où il faisait bon vivre. On se disputait à prix d’or la location de paillotes sur les quais de la Seine, que l’on alimentait régulièrement, en période sèche, d’eau de mer dessalée, transportée par pipelines, depuis le Havre et Dunkerque. Paris-plage avait un air de lagon idyllique avec ses palmiers et ses cocotiers nonchalants, lesquels avaient pris racine dans un sol de sable blanc par-dessus l’ancien bitume.

La plupart des espaces verts avaient fait peau neuve, vu que certaines espèces d’arbres avaient muté, d’autres dépéri. Au départ, le Ministère de l’Environnement avait investi un gros budget pour préserver les platanes et les marronniers des grands axes et des quais de Seine mais comme de nombreuses variétés de palmacées se plaisaient aux nouvelles tendances du climat francilien, lequel, après une phase méditerranéenne, relativement stable, d’une quinzaine d’années, était devenu franchement tropical, elles avaient remplacé peu à peu de vieilles espèces, que quasiment personne ne regrettait.

Dans les années deux mille soixante, parmi les zones de la capitale que la nouvelle politique environnementale privilégiait, le Père-Lachaise occupait une place de choix. Sa situation élevée et sa superficie de quarante-quatre hectares étaient certes des atouts majeurs. De plus, c’était un des rares secteurs de Paris à avoir résisté aux investissements sauvages de promoteurs peu scrupuleux, la plupart originaires de Chine et d’Arabie Saoudite. Nombre de leurs projets ambitieux s’étaient heurtés à l’opposition de La Mémoire nécropolitaine, une association parisienne de renom international, très impliquée dans la défense et la conservation du patrimoine mondial funéraire. Elle était surtout célèbre pour ses opérations coup-de-poing visant la sauvegarde des cimetières. Aussi, grâce aux Nécropolitains, le saccage du Père-Lachaise n’avait pas eu lieu. Il faut dire que ceux-ci jouissaient alors d’un grand crédit auprès des Ministères de la Culture et de l’Environnement, lesquels avaient cru les honorer en les nommant uniques dépositaires des Cendres du Grand Napoléon. C’était mal les connaître…

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