Hector Devillaire

Le Druide - Les Vents du Présage - Tome I

Sur la  base des rapports d’études traitant de l’anthropologie de notre monde, il m’a été possible d’identifier de quelle manière les divergences d’interprétation du Lien, ainsi que ses variantes dénominatives, ont amené les nations à s’éloigner progressivement les unes des autres. J’ai pu, en consultant notamment les ouvrages antédiluviens tels que Le toit du monde ou L’essor de la conscience céleste (qui ont été de formidables sources d’informations), répertorier trois branches majoritaires de la foi, chacune ayant joué son rôle dans la reconstruction spirituelle des peuples qui ont réchappé du Grand Clivage.

 

Commençons tout d’abord par la branche originelle. Prédominante chez les hommes, elle considère les esprits comme les maîtres de toutes choses et les place au-dessus des lois terrestres. Je pourrais d’ores et déjà arrêter là mon exposé, car ce précepte résume à lui seul les bases de cette croyance. Mais ce serait alors passer outre ce qui fait toute sa spécificité, à savoir sa pratique religieuse unificatrice, quoique rigoriste. Celle-ci s’est inscrite dans les mœurs humaines au fil de l’Histoire, et a même franchi les portes de la politique lorsque, sous le règne du roi Moldomert, des versets sacrés ont été incorporés dans les textes de loi. À ce jour, la branche originelle jouit d’une emprise et d’une influence fortes sur toute la Varélie.

 

Vient ensuite la branche traditionnelle, instaurée par les elfes au terme de l’âge transitoire – aussi surnommé l’âge léthargique. Cette longue période d’accalmie, au cours de laquelle les nations ont cessé de se faire la guerre, a été profitable aux elfes qui jusqu’alors n’avaient pas pris conscience du pouvoir qui prospérait dans les forêts d’Ombreciel. Cette branche est globalement similaire à la précédente, si ce n’est qu’elle déifie les esprits en les envisageant non pas comme des êtres supérieurs, immortels et impénétrables que l’on importune de prières, mais comme des semblables un peu plus exceptionnels qui ont ajouté leur pierre à l’édifice colossal que constitue notre univers. À ce titre, les adeptes les traitent avec le plus grand respect.

 

Dans un même temps, tout droit issue des profondeurs labyrinthiques de l’Ungrid, émerge la branche pragmatique ; une pensée novatrice et anticonformiste qui, en une décennie seulement, a conquis le cœur de la montagne et bouleversé la culture de ses habitants. Cette branche si particulière s’est imposée d’elle-même face à ses concurrentes, à la suite des nombreuses crises politiques et religieuses qui ont sévi au XI ͤ siècle dans le royaume des nains. La victoire écrasante du Conglomérat d’Alaric sur la monarchie jadis en vigueur, ainsi que les importants changements sociaux qui s’en sont suivis, l’ont fait croître de manière exponentielle, au point qu’elle devienne aujourd’hui la croyance la plus influente. Très critiquée par ailleurs, la branche pragmatique s’oppose fermement à la doctrine dominante actuelle. Elle redéfinit les préceptes clés, infléchit la liturgie au goût du jour, et réorganise l’ensemble des structures mises en place pour davantage concorder avec les intérêts, essentiellement financiers, du Conglomérat.

 

Iorl l’érudit, Les chaînons invisibles du Lien

 

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